Le conflit sous-acromial
Le conflit sous-acromial correspond à un frottement excessif et anormal entre les tendons de la coiffe des rotateurs et l'acromion. Cette pathologie fréquente nécessite une prise en charge spécialisée pour éviter l'évolution vers des lésions tendineuses.
Anatomie - Conflit sous-acromial de l'épaule
Définition : Le conflit sous-acromial correspond à un frottement excessif et anormal entre les tendons de la coiffe des rotateurs et l'acromion (os acromial).
Par extension, le frottement peut également avoir lieu avec le quart externe de la clavicule ou le ligament coraco-acromial situé dans le prolongement de l'acromion.
Les manifestations de ce conflit sous-acromial surviennent le plus souvent lors des mouvements d'élévation du bras en antérieur ou latéral.
Physiologie
Lors du mouvement physiologique d'élévation du bras, la tête de l'humérus ainsi que les différents tendons de la coiffe des rotateurs, coulissent de façon harmonieuse sous la « voûte » de l'acromion.
Ce glissement harmonieux est permis grâce à la coordination et à l'équilibre des différents muscles de l'épaule.
En cas de déficience musculaire (anomalie de l'équilibre entre les muscles) ou d'anomalie au niveau des structures osseuses (os acromial crochu ou agressif) un frottement va se produire entre l'os et les tendons, créant ainsi le syndrome ou conflit sous-acromial.
L'irritation et le frottement chronique ou répétés des tendons au sein de l'espace sous-acromial, pourra entraîner des lésions tendineuses (lésion de coiffe des rotateurs) ou des phénomènes de bursite (inflammation de la bourse sous-acromiale).
Les causes du conflit sous-acromial
Il existe 2 types de conflit sous-acromial à l'origine de ce frottement anormal, le conflit sous-acromial d'origine osseuse (ou conflit primaire) et le conflit sous-acromial d'origine musculaire (ou conflit induit).
Le conflit osseux
Dans ce cas, c'est la forme de la voûte sous-acromiale (agressive) qui va directement venir frotter contre les tendons de la coiffe des rotateurs.
La forme de l'os acromial est classée en trois catégories (1, 2 ou 3), l'acromion de type I correspondant à un acromion plat, celui de type 2 à un acromion courbe et celui de type 3 à un acromion crochu.
Ce sont les acromion de type II et III qui auront le plus de risque de créer un conflit sous-acromial.
Le conflit secondaire ou acquis
Dans ce cas, le conflit sous-acromial provient d'une déficience d'origine musculaire. Il existe une désynchronisation des différents muscles de l'épaule, empêchant une mobilisation normale et un coulissement physiologique entre les tendons et l'os sous-acromial (cela peu importe la forme de l'acromion 1, 2 ou 3).
Le plus souvent il existe un déplacement antérieur ainsi qu'une surélévation de l'épaule au sein de l'articulation.
C'est ce décentrage et ce déséquilibre de l'épaule qui va être responsable du conflit sous-acromial.
L'origine de ce déficit musculaire peut être très diverses, parfois simplement dans les suites d'une chute ou d'une contusion de l'épaule. Parfois des activités prolongées ou intensives avec les bras en l'air.
Symptômes, Clinique et Manifestations
Le frottement répété de l'os acromial contre les différents tendons de la coiffe des rotateurs va provoquer des phénomènes irritatifs et inflammatoires (bursite, tendinite) et parfois en cas d'évolution prolongée, des lésions de tendon de la coiffe des rotateurs.
Ce sont ces différents phénomènes irritatifs qui expliquent les manifestations cliniques.
Les douleurs
La douleur est le symptôme principal du conflit sous-acromial, il s'agit le plus souvent de douleurs d'aspect inflammatoire, qui seront volontiers nocturnes pouvant éventuellement provoquer des insomnies.
Les douleurs pourront également provoquer des réveils nocturnes notamment lorsqu'on se retourne sur l'épaule concernée.
Parfois les douleurs sont plutôt matinales avec phénomène de déverrouillage permettant une diminution des douleurs (mais les douleurs reprennent le plus souvent le soir à l'arrêt des activités).
Topographie
Les douleurs sont le plus souvent localisées au moignon de l'épaule ou à la partie antérieure de l'acromion.
Au début, il est souvent possible de localiser les douleurs en un point précis, puis les douleurs ont tendance à diffuser et à se généraliser à l'ensemble de l'épaule (inflammation).
Les douleurs ont souvent tendance à diffuser le long du muscle deltoïde, sur la partie latérale de l'épaule.
Irradiation
Les douleurs ont très souvent tendance à diffuser et irradier à distance.
L'irradiation se fait régulièrement sur le versant externe du bras pouvant provoquer des douleurs jusque dans le coude et parfois dans le poignet.
Parfois les patients décriront des sensations de compression ou d'étau circulaire sous le muscle deltoïde, tandis que parfois les douleurs diffuses seront le long de la longue portion du biceps.
À l'inverse, les douleurs seront parfois ascendantes avec diffusion le long du muscle trapèze et parfois jusqu'aux cervicales.
Phénomène déclenchant
Ce sont les mouvements d'élévation du bras qui vont stimuler ou déclencher les phénomènes douloureux. Ces mouvements peuvent être en élévation antérieure ou en élévation latérale et les douleurs surviennent le plus souvent à partir de 80° ou 90° (bras à l'horizontale) avec souvent sensation d'accrochage ou de craquement audible.
L'impotence fonctionnelle
L'impotence fonctionnelle correspond à une incapacité de mobilisation normale du membre concerné. Dans le cadre du conflit sous-acromial, il s'agit le plus souvent d'une gêne fonctionnelle plus qu'une impotence vraie.
En cas de conflit sous-acromial, il peut exister de façon inconstante et plus ou moins importante, une gêne ou incapacité à la mobilisation du bras et de l'épaule.
Il pourra également apparaître de façon temporaire et transitoire un tableau d'épaule paralysée ou de « bras mort », avec incapacité totale de mobilisation active de l'épaule. Cette situation survient le plus souvent après une activité prolongée ou répétée avec le bras en l'air et s'accompagne de douleurs intenses.
Après quelques heures ou quelques jours, l'usage du bras revient de façon progressive.
En cas d'impotence fonctionnelle prolongée ou d'incapacité de mobilisation active, il faudra évoquer des éventuelles lésions de la coiffe des rotateurs ou des lésions de capsulite rétractile.
Le manque de force
Dans certains cas, l'impotence fonctionnelle va se manifester par un manque de force qui va correspondre à une difficulté voire une impossibilité d'effectuer des mouvements contre résistance.
En l'occurrence il sera difficile voire impossible de lever des poids ou charges en hauteur au-dessus du niveau des épaules.
Les contractures
Les douleurs chroniques au niveau de l'épaule peuvent entraîner des phénomènes de contractures musculaires au niveau des grands groupes musculaires entourant l'épaule.
Les muscles principalement concernés sont le muscle grand dorsal, le petit pectoral mais également le muscle trapèze.
Les contractures de ces grands groupes musculaires pourront engendrer des positions vicieuses au niveau de l'épaule. Il s'agira typiquement d'une position vicieuse en surélévation de l'épaule vers le haut ainsi qu'un déport de l'épaule vers l'avant.
C'est cette position vicieuse qui va risquer d'accentuer et d'entretenir ce conflit sous-acromial. (Cercle vicieux douloureux)
Diagnostic clinique et paraclinique
Examen clinique
L'examen clinique réalisé va retrouver des signes de conflit sous-acromial plus ou moins marqués.
Plusieurs tests cliniques vont permettre de déceler des signes en faveur d'un conflit sous-acromial :
- Manœuvre de Neer
- Test de Yocum
- Test de Hawkins
- Test de Gerber
Ces différents tests sont plus ou moins spécifiques du conflit sous-acromial et pourront s'associer avec des éventuels déficits de la coiffe des rotateurs en cas de lésion de celle-ci.
Parfois la réalisation de ces tests cliniques ne sera pas possible du fait des phénomènes douloureux souvent importants notamment lors de bursite ou de tendinite associée.
Typiquement, la mobilisation passive de l'épaule doit être conservée même si la mobilisation active est limitée ou douloureuse. Dans le cas contraire, il faudra évoquer et rechercher une éventuelle capsulite rétractile ou un autre phénomène enraidissant de l'épaule.
Examens paracliniques et complémentaires
La radiographie standard : face et profil
Il s'agit du premier examen de routine à réaliser en cas de douleurs de l'épaule, il va apporter beaucoup d'informations sur les différentes structures osseuses de l'épaule.
Elle va permettre également de montrer de nombreux signes directs ou indirects pouvant témoigner d'un conflit sous-acromial.
La radiographie de face :
- Distance entre l'acromion et la tête humérale, permet de juger du centrage ou de l'éventuelle ascension de la tête humérale par rapport à la glène (ascension de la tête humérale en cas de rupture de coiffe des rotateurs)
- Forme de l'acromion, caractère plus ou moins agressif de celui-ci
- Forme de l'articulation acromio-claviculaire, présence éventuelle d'arthropathie et de débord inférieur
- Éventuelle calcification intra-tendineuse
- Éventuelle arthrose gléno-humérale
La radiographie de profil : Elle permet de visualiser la forme de l'acromion et de la classer selon les types 1, 2 ou 3.
Attention : une forme agressive de l'acromion à la radiographie n'est pas synonyme de conflit sous-acromial même si celle-ci augmente sa probabilité.
La radiographie standard de l'épaule ne permet de voir que les structures osseuses et en aucun cas les structures tendineuses ou ligamentaires.
L'échographie ou ultrason
Il s'agit d'un examen peu invasif permettant d'explorer les structures tendineuses et musculaires de l'épaule.
Cet examen étant très opérateur dépendant, il présente une fiabilité diagnostique relativement faible.
L'échographie permettra de retrouver des signes de tendinite avec épaississement tendineux de la coiffe des rotateurs voire une érosion de celle-ci.
Elle permettra également de rechercher des signes de bursite sous-acromiale, à savoir une inflammation de la bourse présente physiologiquement entre l'acromion et la coiffe des rotateurs.
On recherchera également des éventuelles lésions de la coiffe des rotateurs, qu'il s'agisse de fissure, de rupture ou de désinsertion.
Ces lésions de la coiffe des rotateurs sont souvent la conséquence d'un conflit sous-acromial prolongé ou d'une chute surajoutée.
L'arthro-IRM ou l'arthroscanner : examen de référence
Au cours de cet examen, on réalise une injection de produit de contraste dans l'articulation de l'épaule (entre la tête de l'humérus et l'omoplate), suivi d'un scanner ou d'une IRM.
La répartition du produit de contraste dans l'articulation va permettre une parfaite visualisation des différents tendons de la coiffe des rotateurs ainsi que des structures osseuses, cartilagineuses et ligamentaires.
Cet examen va donc permettre de visualiser des éventuelles fissure ou rupture complète ou incomplète de la coiffe des rotateurs, conséquence du conflit sous-acromial prolongé.
Le bilan musculaire va également être réalisé avec recherche d'une éventuelle atrophie ou involution graisseuse des muscles de la coiffe des rotateurs (anomalie en cas de rupture ancienne de coiffe des rotateurs).
Il sera également possible de visualiser l'os acromial dans les différents plans de l'espace et notamment son caractère agressif sur les tendons de la coiffe des rotateurs.
L'examen décèlera des signes éventuels d'inflammation de la bourse sous-acromiale (bursite) ainsi qu'un épaississement ou une éventuelle calcification du ligament coraco-acromial témoin également du conflit sous-acromial.
Enfin l'articulation acromio-claviculaire sera également visible permettant de mettre en évidence des signes d'arthropathie acromio-claviculaire plus ou moins responsable d'un conflit tendineux sous-jacent.
Cet examen paraclinique est donc l'examen de référence qui est le plus exhaustif pour explorer l'articulation de l'épaule.
Traitement chirurgical
Le choix du traitement se fait au cas par cas et il va dépendre de nombreux facteurs cliniques et paracliniques.
La durée de l'évolution des symptômes, l'importance des manifestations cliniques, la réponse aux différents traitements entrepris précédemment mais également le caractère agressif de l'acromion et/ou du ligament coraco-acromial… sont des éléments qui seront pris en compte dans le choix du traitement.
Indications chirurgicales
Le traitement chirurgical dans le cadre du conflit sous-acromial consiste en la réalisation d'une acromioplastie.
Cette acromioplastie correspond à une décompression de l'espace sous-acromial par limage et désépaississement de l'os acromial à sa partie profonde.
Dans quels cas envisager la solution chirurgicale :
- En cas de conflit sous-acromial prolongé ou récidivant
- En cas d'inefficacité du traitement symptomatique bien conduit
- En cas d'inefficacité de la physiothérapie bien suivie
- En cas de caractère agressif de la voûte acromiale (acromion, ligament coraco-acromial, articulation acromio-claviculaire agressive…)
L'acromioplastie de l'épaule
Il s'agit d'une intervention chirurgicale réalisée sous arthroscopie permettant de raboter et de limer la partie profonde de l'acromion.
L'arthroscopie de l'épaule correspond à l'introduction d'une caméra dans l'articulation et dans l'espace sous-acromial pour explorer et traiter les différentes lésions.
L'intérêt de l'arthroscopie par rapport aux interventions ouvertes est l'absence de lésion musculaire du fait de l'absence d'abord chirurgical extensif mais également le risque beaucoup plus faible d'infection ou d'hémorragie et la quasi absence de cicatrice post-opératoire à distance.
Le but de l'intervention est de nettoyer l'espace sous-acromial et de le décomprimer. Sous arthroscopie, les différents instruments chirurgicaux permettent de raboter et de limer la face profonde de l'acromion mais également de relâcher le ligament coraco-acromial souvent conflictuel. Il sera également possible de réaliser des résections articulaires partielles notamment du quart externe de la clavicule en cas d'arthropathie acromio-claviculaire.
Cette décompression se fait à l'aide de 2 ou 3 incisions d'environ 1 cm permettant de faire passer les instruments chirurgicaux et la caméra.
Remarque : en cas de lésion associée des tendons de la coiffe des rotateurs ou autre lésion ligamentaire, il sera possible dans le même temps opératoire de réaliser la réparation de ces différentes lésions sous arthroscopie.
Pour plus de détails sur l'intervention chirurgicale, consultez la page Acromioplastie de l'épaule.
Physiothérapie et auto-physiothérapie
La physiothérapie a un rôle fondamental dans le traitement de fond du conflit sous-acromial, que ce soit en pré-opératoire ou après une intervention chirurgicale. Le but principal est le travail de recentrage d'épaule.
Pour des informations détaillées sur le programme de physiothérapie et d'auto-physiothérapie spécifique au conflit sous-acromial, consultez la page dédiée : Physiothérapie pour conflit sous-acromial.
Le conflit sous-acromial : EN BREF
- Conflit = frottement anormal entre l'acromion et les tendons de la coiffe des rotateurs.
- Manifestations = douleur et inflammation +/- impotence fonctionnelle
- Examen = arthroscanner ou arthro-IRM
- Traitement = Acromioplastie par arthroscopie
- Acromioplastie =
- Sous arthroscopie
- Hospitalisation 0 à 2 jours
- Sous anesthésie générale
- Immobilisation 15 jours à un mois
- Physiothérapie post-opératoire 2 à 3 mois
Complications possibles
Infection
Hémorragie/hématome
Lésion nerveuse
Récidive douloureuse
Tendinite/bursite
Algodystrophie
Informations pratiques
Hospitalisation
0 à 2 jours (ambulatoire)
Anesthésie
Générale
Immobilisation
15 jours à 1 mois
Physiothérapie
2 à 3 mois
Contrôle
1 mois